A propos des pensées virales…

Our good friend Yannick is back with a post on Thought Viruses and some subtitles for David Butler’s popular video on the topic. If you are a French speaking NOIjam follower, please enjoy and share, if not, Google Translate is your friend. Our thanks to Yannick for his work.

Une définition consensuelle?

Il est assez difficile de définir avec précision le terme de « pensée virale ». Dilts définit les pensées virales comme des croyances contraignantes pour l’individu nées de processus de généralisation ou de distorsion de l’information (au départ, l’information est acquise à partir de l’expérience puis elle est séparée de son contexte) (1). Comme ces pensées peuvent être partiellement vraies dans un contexte bien spécifique, les individus ont moins tendance à questionner leur validité ; ils les prennent donc couramment pour des informations factuelles*. Amanda Gore évoque l’effet de contamination de la pensée virale sur le fonctionnement psychique en ces termes** : « De la même manière que dans le fonctionnement d’un virus biologique ou informatique, une pensée virale se développe insidieusement et affecte/colore l’ensemble de notre manière de penser ».

Les pensées virales sont des DIMs

La notion de pensée virale s’intègre parfaitement dans le paradigme de DIMs (neurotags de Danger à l’Intérieur de Moi), de SIMs (neurotags de Sécurité à l’Intérieur de Moi) et du Protectomètre.

Schématiquement, on peut ranger les pensées virales dans différentes catégories*** :

  • Les choses que les individus entendent, voient, sentent, goutent, et touchent : par exemple : lorsque leur radiologue leur dit que leur colonne vertébrale est « celle d’un vieillard de 90 ans »
  • Les choses que les individus disent : par exemple : «  Je suis bourré d’arthrose ! »
  • Les choses que les individus pensent et croient : par exemple : « ce mouvement est dangereux pour moi » ou bien à propos de la douleur «  ça n’ira pas en s’arrangeant »

Le problème que posent les pensées virales dans le cadre de la douleur est d’ancrer le patient dans la notion de danger. L’appropriation des pensées virales par le patient est souvent tellement forte que l’individu les prend comme des preuves incontestables de danger : il y a fusion cognitive (la tendance d’une personne à considérer le contenu de ses pensées comme étant le reflet de la réalité) avec une adhésion totale au contenu littéral des pensées qui vont souvent réguler les comportements.

Cette façon de considérer les pensées virales est intéressante pour les thérapeutes car elle permet de concevoir deux types de traitements :

  • La restructuration des pensées: on peut chercher à changer le contenu des pensées du patient : il s’agit d’une tâche difficile puisqu’il est question de « corriger » une pensée erronée ou tout au moins de créer une compétition à l’avantage d’une pensée plus juste et surtout plus utile au patient ;
  • La distanciation: s’il n’est pas possible de stopper ou de contrôler les pensées du sujet, il parait envisageable de l’assister à moduler l’attention qu’il leur porte. La distanciation est surtout utilisée dans les approches de pleine conscience et d’ACT (Thérapie d’Acceptation et d’Engagement) : on ne cherche plus à modifier le contenu de la pensée mais plutôt à aider la personne à voir les pensées pour ce qu’elles sont réellement et non pour ce qu’elles lui disent qu’elles sont. L’idée est que l’individu puisse réagir à ses pensées en fonction de leur fonctionnalité/utilité en regard de ses valeurs, plutôt qu’en fonction de leur signification littérale : c’est le principe de défusion cognitive que l’on retrouve dans la célèbre phrase « vous n’êtes pas vos pensées ».

Dépasser la barrière du vrai/faux

La plupart des thérapeutes qui ont, à un moment donné de leur carrière, tenté de vouloir systématiquement « corriger » les croyances de leurs patients savent très bien à quel point cette tâche est délicate et parfois peu efficace. Il n’est peut-être pas forcément nécessaire d’analyser les pensées virales des patients comme étant vraies ou fausses mais plutôt d’utiliser une notion plus englobante en les considérant comme productives ou contre-productives. Est-ce que cette pensée (qui est finalement toujours « vraie » pour mon patient) lui est utile ou non ? Cette question a le mérite d’éviter d’imposer au patient un jugement trop normatif (une vision paternaliste où le praticien est placé en tant que référence pour le patient). Elle peut permettre au thérapeute la mise en place d’un cadre de travail centré sur le patient.

Thérapeutes et patients logés à la même enseigne

Le thérapeute est un patient en puissance et le patient, un thérapeute en puissance. Louw montre que de nombreux patients lombalgiques sont pris en charge par des physiothérapeutes qui sont eux-mêmes lombalgiques (2). On sait qu’il existe des associations fortes entre les croyances du patient et celles du thérapeute (3). On sait également que l’influence des peurs et des croyances du thérapeute peut avoir de profonds impacts sur la prise en charge du patient : par exemple, Lakke a montré que des individus sains effectuant une tâche de portage étaient moins performants si ils passaient le test avec un évaluateur à fort score kinésiophobique (4). Les soignants doivent prendre conscience de la bidirectionnalité de la relation thérapeutique : dans le cadre des pensées virales par exemple, il faut sans cesse se poser la question suivante : à quel point les pensées du patient m’influencent et à quel point les miennes influencent le patient. Cette dernière question doit pousser le soignant à se demander si ses propres croyances ne sont pas un obstacle au changement chez son patient. Autrement dit, s’occuper des pensées virales du patient c’est aussi travailler sur ses propres pensées virales. Des connaissances actualisées régulièrement sur la douleur constituent déjà un premier rempart pour éviter de propager de nouvelles pensées virales…

La connaissance comme un vaccin aux pensées virales

Pour éviter la contamination par les pensées virales, une des questions clefs à se poser est : « Existe-t-il une quelconque situation, un quelconque contexte où cette pensée ne se vérifie pas ? ». Cette question est très importante pour le praticien désireux d’aider son patient : en restructuration cognitive par exemple, le praticien pourra mettre en place un argumentaire avec des contre-exemples pour que son patient se rende compte que le contenu de sa pensée n’est pas immuable. Cette question ouvre également de nombreuses perspectives en thérapie brève où la recherche des moments d’exception est une question capitale pour remettre le patient douloureux « en mouvement ».

Le clip ci-dessous signé du Neuro Orthopaedic Institute (NOI) et sous-titré en français pourra être utilisé par les thérapeutes pour introduire le concept de pensée virale au patient. David Butler proposent la courte introduction suivante pour aider le soignant à aborder ce sujet :

 « Nous parlons de votre douleur et de votre cerveau depuis maintenant plusieurs séances et je voudrais à présent aborder avec vous la notion de « pensées virales » – ce sont des choses que vous avez pu entendre, penser, ou dire qui vous font peur et représentent une menace – elles sont presque toujours incorrectes mais peuvent être suffisamment puissantes pour maintenir ou bien augmenter votre douleur. Regardons ce petit clip ensemble et ensuite, discutons-en un peu – peut-être que vous avez quelques pensées virales dont il va falloir s’occuper, qu’en pensez-vous ? »

-Yannick Barde-Cabusson

 

Références :

(1) Dilts, R. B. (1999). Sleight of Mouth: The Magic of Conversational Belief Change. Capitola, CA: Meta Publications, 117.

(2) Louw A, Puentedura EJ, Zimney K. A clinical contrast: physical therapists with low back pain treating patients with low back pain. Physiother Theory Pract. 2015;31(8):562-7.

(3) Darlow B, Fullen BM, Dean S, Hurley DA, Baxter GD, Dowell A. The association between health care professional attitudes and beliefs and the attitudes and beliefs, clinical management, and outcomes of patients with low back pain: a systematic review. Eur J Pain. 2012 Jan;16(1):3-17.

(4) Lakke SE, Soer R, Krijnen WP, van der Schans CP, Reneman MF, Geertzen JH. Influence of Physical Therapists’ Kinesiophobic Beliefs on Lifting Capacity in Healthy Adults. Phys Ther. 2015 Sep;95(9):1224-33.

 

*http://teachinginmind.com/thought-viruses.php

**http://amandagore.com/thought-viruses/

***NOInotes 0316 (https://noijam.com/2016/03/09/thought-viruses/

 

2019 NOI Courses Australia and New Zealand

MELBOURNE | 23 – 24 FEBRUARY 2019 | PPR

AUCKLAND | 15 – 17 MARCH 2019 | EP+GMI *FULL*

AUCKLAND  | 23 – 24 MARCH 2019 | MONIS

ADELAIDE  | 6 – 7 APRIL 2019 | MONIS

HOBART  | 3 – 5 MAY | EP+ GMI

KINGSCLIFF | 14-16  JUNE | EP+GMI

MELBOURNE  | 5-7 JULY | EP+GMI

ALBURY WODONGA | 18 – 20 OCTOBER | EP+ GMI

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Basic HTML is allowed. Your email address will not be published.

Subscribe to this comment feed via RSS

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d bloggers like this: